
Requiem
Une messe à l’occasion du décès est normallement titulé Missa pro defunctis, Missa defunctorum, Messe des morts ou Requiem. Le titre Missa solemnis pro defunctis, choisi par Gevaert est exceptionel par la référence au caractère solennel et festive. Une des très rares exemples avec un titre identique se trouve en 1592 dans l’oeuvre de Lodovico Viadana.
Gevaert à dédié sa messe ‘ad memoriam dilecti magistri mei J. Mengal’. Son professeur estimé Martin Joseph Mengal (1784-1851) était corniste et compositeur. De 1835 jusqu’à son décès il était le directeur du Conservatoire de Gand, où Gevaert était engagé comme professeur. La messe des morts n’était pas la seule composition à la mémoire de Mengal, il a aussi composé une oeuvre pour choeur titulée A Mengal.
La Missa solemnis pro defunctis est crée à Bruxelles le 23 septembre 1853, à l’occasion d’une commémoration pour les victimes de la guerre d’indépendance belge en 1830.
Il n’est pas sûr si la messe complète était interprêtée. Quelques sources parlent ‘d’un fragment du beau Requiem de F.A. Gevaert, écrit à 4 parties dans un style large et sévère’.
Gevaert a conçu sa messe pour un choeur de voix d’hommes à quatre part, un quintette de cuivre (deux trompettes et trois trombones) et des cordes basses (violoncelles et contrebasses) et un orgue ad libitum « pour les villages où l’orchestre manquerait totalement ». Dans l’introduction le compositieur demande un grand nombre de voix d’hommes.
Il n’y a pas de solistes ; suele dans le Pie Jesu il y a un passage pour trois ténors du choeur. L’usage du choeur complet sans solistes est caractéristique pour le “stile antico”, ainsi que l’usage du chant grégorien et l’écriture stricte avec beaucoup de passage homophones. La référence vers Palestrina dans l’harmonie et le mètre n’est pas très loin, mais l’ensemble est lardé avec des modulations du romantisme. Les passages polyphones sont bien élaborés p. ex. avec une fugue solide dans Inter oves de la Sequentia. L’accompagnement est écrit dans un style plutôt classique, avec de longues notes dans les cuivres et une mélodie souple et prominente dans les cordes basses.
La confrontation des style différents – le neo-renaissance pour le choeur et
l’accompagnement classique avec une influence du romantisme – est à la fois intéressant et original.
La conception du Requieum par Gevaert se situe dans un mouvement contre les compositions théâtrales pour la liturgie. Ce mouvement est lancé entre autres par l’auteur et compositeur E. T. A. Hoffmann. Dans son essai Alte und neue Kirchenmusik il a reproché même à Haydn et à Mozart d’être trop frivole dans leurs compositions religieuses (seul le Requiem de Mozart fut acceptable). Suivant cette conviction beaucoup de compositeurs du 19e siècle sont reverti au chant grégorien et le style polyphone comme les vraies pilares de la musique de l’église catholique.